Page 44 - Magazine Essentiel n25

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humanité dans toute sa richesse. Cette particularité
se révèle dès la petite enfance quand, aussitôt qu’il
commence à se déplacer, même à quatre pattes, l’en-
fant peut passer des heures à jouer avec des objets
ou des éléments qu’il déconstruit et reconstruit. Un
peu plus tard, il s’investit dans les constructions de
toutes sortes, comme dans celle des châteaux de
sable par exemple, un jeu qui l’amuse bien plus que la
plupart des jouets que l’on trouve dans le commerce,
rapidement consommés, puis abandonnés. Travailler,
agir sur le réel, est un élément indispensable à notre
bien-être et, plus encore, à la croissance de notre
être. Je n’entends pas par travail uniquement ce qui
nous permet de gagner de l’argent pour vivre, mais
toute tâche, toute production dans laquelle nous nous
investissons : la cuisine, le jardinage, le bricolage, la
couture ; une activité manuelle ou intellectuelle, une
œuvre associative. En somme, tout ce qui nous permet
de répondre à ce besoin essentiel à notre équilibre :
agir sur le monde en le marquant de notre propre inté-
riorité, se sentir un agent d’évolution du réel qui nous
entoure. La plupart des courants de spiritualité et de
sagesse n’ont pas été ignorants de cette vérité qu’est
l’épanouissement de l’esprit par le travail. Cependant,
et quels que soient les bénéfices du travail et de la
création, nous devons apprendre à éviter un écueil :
celui de l’hyperactivité, qui est la démesure de l’action
et qui est tout aussi néfaste que l’absence d’action.
SILENCE ET MÉDITATION
Pour prendre de la distance vis-à-vis des événements,
nous avons besoin de solitude et de silence.
Mais nous en avons souvent peur. Dans notre monde
moderne où nous vivons cernés par trop de mots et
de musique, de bruit et de clameur, l’absence de sons
nous apparaît angoissante. Une demi-heure sans
stimulus extérieur nous inquiète : au lieu de nous
réjouir de ce temps, nous nous précipitons sur notre
téléphone pour être en contact avec le monde. Nous
avons peur de nous retrouver seuls avec nous-mêmes,
peur du silence intérieur auquel le silence extérieur
ouvre la voie. Le vrai silence est celui que l’on trouve
au fond de soi. Il ne consiste pas seulement à éteindre
la radio ou la télévision, mais surtout à ne plus être
prisonniers de nos pensées et de notre bruit intérieur,
souvent encore plus parasitant que les sons prove-
nant de l’extérieur. Vivre dans le silence ne sert pas
à grand-chose si notre esprit est agité. De la même
manière que notre corps réclame le repos, notre
mental a lui aussi besoin de se calmer, de s’apaiser,
d’échapper provisoirement aux tensions. Ce repos lui
permet d’accéder à la contemplation, une activité qui
est, selon le philosophe grec Aristote, « le parfait bon-
heur de l’homme ».
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