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ESSENTIEL
existence, mais de cette foi, que l’on pourrait qualifier
de confiance, sans laquelle on ne peut pas avancer,
progresser dans la vie. Les spiritualités orientales
utilisent d’ailleurs indifféremment les mots de foi et
de confiance pour parler de cet état d’être. Le boudd-
hisme, par exemple, part d’un constat empirique :
sans une foi-confiance préalable dans le dharma,
l’enseignement du Bouddha, tout progrès spirituel est
impossible.
Et sans une foi-confiance préalable dans le maître, on
ne peut pas intégrer ses enseignements. La raison en
est simple : si nous n’avions pas foi que ce que nous
allons étudier va nous être profitable, nous ne l’étu-
dierions pas sérieusement. Les enfants connaissent
cette vérité et ils l’appliquent spontanément : ils ont
foi en leurs parents, ils les croient, et apprennent ce
qu’ils leur transmettent. Cela vaut aussi bien pour la
transmission de la culture et des valeurs que pour
tous les autres apprentissages.
Il existe évidemment des cas de perversion de la
confiance. Nous connaissons tous de mauvais
maîtres, de mauvais parents, des individus malhon-
nêtes qui abusent de la foi naturelle et spontanée
que nous mettons en eux. Adultes, nous avons éga-
lement affaire à des personnes qui abusent de notre
confiance ; ce n’est pas pour autant qu’il nous faut
l’étouffer. Il est indispensable de développer notre
esprit de discernement – j’y reviendrai par la suite –,
mais il nous faut préserver en nous cette foi-confiance
qui est indispensable pour avancer, pour progresser,
pour grandir.
Cette foi-confiance dans la vie se manifeste par une
attitude que l’on retrouve sous divers noms dans les
sagesses et les grands courants spirituels de l’huma-
nité : l’abandon, la quiétude, le lâcher-prise. Jésus
s’adresse à ses disciples, inquiets des aléas de la vie,
pour leur recommander de s’abandonner à la Provi-
dence : « Voyez les corbeaux, ils ne font ni semailles, ni
moisson, ils n’ont ni greniers ni magasins, et Dieu les
nourrit. Vous valez tellement plus que les oiseaux ! »
RESPONSABLE DE SA VIE
Lâcher prise et acquiescer à l’être ne signifient pas
qu’il faut subir sa vie et se cantonner dans une atti-
tude de complète passivité. Accepter le donné de la
vie et accueillir les imprévus de l’existence nous in-
citent au contraire à nous impliquer totalement. Cette
implication est un mélange subtil d’abandon et d’en-
gagement, de passivité et d’action, de réceptivité et
de prise d’initiatives.
La vie demande un engagement. Si nous l’abordons
sur la pointe des pieds, avec la crainte de nous y in-
vestir entièrement, pleinement, nous courons vers les
échecs et nos bonheurs ne seront que tièdes. Cela
est vrai à tous les niveaux : un sportif ou un artiste
qui aspire à s’épanouir dans sa discipline n’a pas
d’autre choix que de s’impliquer de tout son être.
Celui ou celle qui s’engage en hésitant dans une rela-
tion amoureuse peut être assuré que cette relation
n’aboutira pas. Il en va de même sur le plan profes-
sionnel ou celui des études : lorsqu’on ne fait son tra-
vail qu’à moitié, sans vraiment s’y appliquer, on n’en
tire aucune satisfaction. Une vie réussie est toujours
le fruit d’un engagement, d’une véritable implication
dans tous les domaines de l’existence.
Nous sommes responsables de notre vie. Il nous ap-
partient de développer les capacités que nous avons
reçues, de corriger un défaut, de réagir de manière
appropriée aux événements qui surviennent, de nous
lier aux autres ou de vivre repliés sur nous-mêmes.
Nous sommes en charge de notre bonheur et de notre
malheur. Cette attitude est aux antipodes de la posi-
tion victimale malheureusement très répandue. Cer-
taines personnes ne se sentent en effet responsables
de rien : tout ce qui leur arrive est la faute des autres,
de la malchance, de l’État. C’est toujours de l’extérieur
que vient le mal et c’est toujours de l’extérieur qu’elles
attendent la solution. Elles gémissent sur leur sort
au lieu de se prendre en main, refusent de voir leur
responsabilité dans ce qui leur advient et attendent
systématiquement un secours de l’extérieur. Cette
déresponsabilisation provient, en grande partie, d’un
manque d’intériorité et de conscience de soi.
AGIR ET NON AGIR
L’homme, lui, au-delà de sa survie, a besoin de s’in-
vestir dans un travail, dans une action, dans une créa-
tion : l’inactivité lui pèse, au sens littéral du terme.
Elle l’écrase, l’ennuie, l’empêche de se sentir tota-
lement lui-même. Un homme qui ne fait qu’attendre
dans l’oisiveté que le temps passe vit avec un goût
d’inaccomplissement ; il ne peut pas développer son
S
AVOIR- ÊTRE